D'un œil pensif, elle contemplait la vaisselle. En petits monts distinctifs, les objets, hérissant çà et là leurs fourches de bois
ou de métal, s'amoncelaient comme des guetteurs à l'affût de quelque invisible ennemi. Se dressaient à l'avant, rangées en ordre décroissant, les assiettes et les couverts à leur
sommet reposant; venait ensuite une construction hétéroclite : tasses aux couleurs vives, bols de céréales s'emboîtant l'un dans l'autre telles des matriochkas de faïence; aux extrémités
obscures s'étaient installées les grosses pièces, poêles et casseroles flamboyant de leurs derniers feux métalliques. Cà et là, quelques reliefs s'accrochaient, touches de couleur erratiques
en image d'Epinal, quelques effluves de macis racontaient la douceur d'un repas.
Dans l'air frémissant, éclôt un soupir. Onatha entendait en son for intérieur, la voix de sa mère la fustigeant. Une ménagère remarquable, sa mère. Telle une déesse, elle régnait
sur son intérieur bien ordonné, le désordre n'osait y poser son aile. Nul grain de poussière, nul livre déposé par un geste rêveur, seules des surfaces planes astiquées jusqu'à l'usure de la
peau, un pavement ciré où le pas glissait - un peu trop vite quelques fois -, tout était net. De cette netteté qui efface en soi les souffles de l'aurore, la rosée du petit matin éclose sur la
rose, cette même asepsie qui pousse en oubliette, l'enfance émerveillée, les promenades en pays d'arc-en-ciel... De cette propreté si exigeante qu'elle vous prend toute une vie à frotter sans
relâche et qu'au crépuscule, enfin, vous vous arrêtez et découvrez d'un regard en arrière, l'effroyable vide qui vous rattrape et cette question : qu'ai-je fait de ma vie ?
- Ne trouves-tu pas que l'on se sent plus légère quand la vaisselle est lavée ? lui demandait sa mère.
Lèvres serrées sur les mots venant, elle observait d'un coup d'œil aguerri, la tentative de manipulation de sa mère. Un silence marquait la distance.
- Non, répondait-elle en haussant les épaules et le Oui affleurant ses lèvres retournait bien vite se cacher au creux de sa gorge.
Chassant de sa tête le regard courroucé de sa mère, Onatha s'asseoit devant l'écran et commença à pianoter quelques mots :
- Il était une fois , loin dans un pays de légende...
Onatha ! Parle-nous de cette déesse étrusque - Cloacina - qui veillait sur les égouts dans la Rome antique et que l'on nommait Celle qui purifie, Celle qui
réconcilie....
:
Une envie de partage un peu de tout un peu de rien un carnet de vie une écriture qui s'éveille voyage en mythologie des légendes florales… comme une promenade sur le sentier aux mûres.
ton blog est de toute beauté !
je l'ai mis dans mes liens amis
ce récit est magnifique
à très bientôt
bise amicale
jean-marie
Bonjour Jean-Marie,
Contente de te voir ici :)
Merci pour le lien sur ton blog.
Cordialement.