Samedi 24 mai 2008

Sur le mode Je me souviens de Georges Perec



Je me souviens le verger de mon enfance,
Les papillons dans leurs robes de pourpre, de jaune safran ou bleu saphir
Je me souviens leurs ailes ocellées de noir en oriflammes déployées
Je me souviens les boutons d'or, les marguerites, les reines-des-prés
Leurs tiges ondulantes quand le vent soufflait
Aussi beau qu'Orfeo
Je me souviens le corps de l'enfant
Dans l'herbe tendre creusait un blanc sillon
Je me souviens ses yeux miroir
Dans lequel l'azur glissait ses mots nuages
Je me souviens l'enfant riait
Tous les parfums du jardin d'éden

Je me souviens le jardin derrière ma maison
Ses rosiers, son thym, sa lavande
Ses papillons vêtus de poussière d'or
Je me souviens de l'homme au journal télévisé
Il disait : les papillons disparaissent !
C'est la faute au vert gazon
Quand l'herbe se rase sous le chant des ciseaux
Les fleurs sauvages trépassent
Et les papillons

Je me souviens le jardin derrière ma maison
A l'épilobe, la jaune crépide, et bien d'autres encore
Offrait sa terre parcelle d'asile
Je me souviens dans le silence du jardin    j'attends
Que reviennent les papillons
Leurs ailes éployées de mille merveilles

Par Onatha - Publié dans : BRIBES - Communauté : Les amis d'agathe
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Dimanche 11 mai 2008


Nuits violettes



Image virtuelle réalisée avec le tutoriel  PhotoFiltre Studio 6.2.5

Par Onatha - Publié dans : IMAGINAIRES - Communauté : Les amis d'agathe
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Dimanche 11 mai 2008

C'est un matin comme je les aime, à l'heure proche d'un midi nonchalant.  Soleil clément, brise azurée, l'herbe frémit au pas léger de la gent féline, le jardin resplendit dans l'espoir d'une belle journée.  Une envie de beurre frais, une baguette à la mie craquante de douceur, un peu de confiture aux saveurs de myrtille ... Arrêt sur image.  Rien ne va plus !  Le pot de confiture, avec un sourire goguenard, arbore une date périmée - ce traître - et mon plaisir de choir sous le coup de la censure.  D'une main inquiète, je farfouille en quête d'un nouveau pot de confiture - qui sait ?...  Quand ma main touche un verre rebondi aux formes bien connues, un cadeau de ma mère, laissé là en toute discrétion, comme un baiser déposé avec un je t'aime sur les lèvres, un pot de confiture qui me réchauffe le cœur d'un amour sans égal.  Ma mère toujours présente quand il fait sombre sur mes jours.  Qu'il est doux ce jour de mai à l'heure d'un midi sonnant, l'abeille jalouse bourdonnant si près de la mie craquante à la confiture, comme un souvenir qui revient à la mémoire, les goûters de mon enfance ...









La confiture
 
(interprétée par les Frères Jacques)
Paroles et Musique : Roger Marino 1973


La confiture ça dégouline
Ça coule coule sur les mains
Ça passe par les trous d'la tartine
Pourquoi y a-t-il des trous dans l'pain

Bien sûr on peut avec du beurre
Les trous on peut bien les boucher
Ça ne sert à rien c'est un leurre
Car ça coule par les côtés

Faudrait contrôler sa tartine
La tenir droite exactement
On la met en douce elle s'incline
Ça coule irrémédiablement

Et ça vous coule dans la manche
Et ça vous longe le pourpoint
De l'avant bras jusqu'à la hanche
Quand ça ne descend pas plus loin

Et quand ça coule pas ça tombe
Le pain s'écrase entre les doigts
Ça ricoche et puis ça retombe
Côté collant ça va de soi

Au moment de passer l'éponge
On en met plein ses vêtements
Plus on essuie plus on allonge
Plus on frotte et plus ça s'étend

C'est pour ça qu'y'en a qui préfèrent
Manger d'la crème de marrons
Ça colle au pain c'est sans mystère
C'est plus commun mais ça tient bon

On fait l'école buissonnière
De retour on prend l'escabeau
On va tout droit vers l'étagère
Pourquoi tourner autour du pot

Qu'elle soit aux fraises à la rhubarbe
On l'ingurgite goulûment
La confiture on la chaparde
On l'aime clandestinement

Puis un jour on est bien en place
On mène la vie de château
Dans les avions dans les palaces
On vous porte sur un plateau

La confiture qui dégouline
Qui coule coule sur les mains
Qui passe par les trous d'la tartine
Pourquoi y a-t-il des trous dans l'pain

Bien sûr on peut avec du beurre
Les trous on peut bien les boucher
Ça ne sert à rien c'est un leurre
Car ça coule par les côtés...


Les Frères Jacques
Pour en savoir plus  (
ici)
Par Onatha - Publié dans : CARNET DE VIE - Communauté : Les amis d'agathe
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Samedi 10 mai 2008



Il m'arrive de douter, de penser que les mots bleus s'en sont allés, la porte du Verbe refermée à jamais, l'angoisse de ne plus écrire, quand sur ma page pleine de vide, je peine...  Alors vient la tentation. Je recherche les écrits anciens afin de camoufler la faille qui, sous ma plume, s'est ouverte.





  Jusqu'au carré de l'aube à la nuit effilochée je m'applique  
  En petits tas arrondis sur ma rétine amaigrie

  Tous ces copier coller tous ces mots que j'écris
  Raidissant jusqu'à la faille ma plume asymétrique
  Inquiète devant ce vide qui se dévoile tout à vif
  Crachotant du rien comme le verbe sans motif
  Hachure ma pâle écriture de son absence cruelle
  En jusant me dévoie l'implacable silence matriciel


Image travaillée avec le tutoriel PhotoFiltre Studio 6.2.5
Par Onatha - Publié dans : CARNET DE VIE - Communauté : Les amis d'agathe
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Mardi 6 mai 2008



Rêve l'humanité

Collage réalisé à partir de journaux toutes- boîtes


Déchiffrer la vie dans l'antérieur d'un phrasé
Comme une prière secrète...
Ce pas de danse qui mugit aux confins de ma mémoire
L'antériorité me tressaille de son voile infini
Et je ne vois rien
Et je n'écris rien
... ... ...

Par Onatha - Publié dans : IMAGINAIRES - Communauté : Les amis d'agathe
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Vendredi 2 mai 2008


Moun, sur son blog Inspirations poétiques, propose un nouveau jeu d'écriture: le Tautogramme.  Il s'agit d'écrire quelques vers dont les mots commencent par la même lettre.
Après moult difficultés, voici le texte que je propose dans le cadre de l'exercice:

 

Le condamné

Ce crime consommé
Celui-là chemine
Col courbé
Il inspire ignominie
Tant tout transpire
Méchantes manières
Avec l'aube l'angoisse
amène
Ses salines suées
(la) Camarde contemple
Celui-là cheminant
Bras ballants bouche bée
Bientôt
Celui-là chutera
(le) Col coupé

Triste trépas...





Ces quelques vers ont une histoire.

Dans une chambre d'hôpital, j'avais rassemblé quelques livres, quelques poèmes, un peu de rêve dans un univers aseptisé.  Sur la tablette de la fenêtre, j'avais disposé, en guise de fleurs, des bouquets de mots: auteurs célèbres, création personnelle...  Parmi les auteurs, j'avais choisi un poème racontant l'aube où le condamné chemine vers sa mort, ce long couloir où résonnent ses pas, le col de la chemise défait, il était cinq heures et l'aube était blanche... L'auteur décrivait cela avec de la compassion, une finesse des mots, un sens du rythme qui donnait à voir, à sentir l'atmosphère de ces quelques minutes précédant l'exécution.  S'agissait-il de Louis Aragon?  De Jacques Prévert?... 
Je ne sais.  Depuis ce jour, je recherche ce poème qui m'avait tant émue.  Je ne l'ai pas encore trouvé.....

 

 

Par Onatha - Publié dans : ECHOS - Communauté : Inspirations poétiques
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Jeudi 1 mai 2008




Par Onatha - Publié dans : CARNET DE VIE - Communauté : Les amis d'agathe
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Mercredi 30 avril 2008
 


D'un œil pensif, elle contemplait la vaisselle.  En petits monts distinctifs, les objets, hérissant çà et là leurs fourches de bois ou de métal, s'amoncelaient comme des guetteurs à l'affût de quelque invisible ennemi.  Se dressaient à l'avant, rangées en ordre décroissant, les assiettes et les couverts à leur sommet reposant; venait ensuite une construction hétéroclite : tasses aux couleurs vives, bols de céréales s'emboîtant l'un dans l'autre telles des matriochkas de faïence; aux extrémités obscures s'étaient installées les grosses pièces, poêles et casseroles flamboyant de leurs derniers feux métalliques.  Cà et là, quelques reliefs s'accrochaient, touches de couleur erratiques en image d'Epinal, quelques effluves de macis racontaient la douceur d'un repas.

Dans l'air frémissant, éclôt un soupir.  Onatha entendait en son for intérieur, la voix de sa mère la fustigeant.  Une ménagère remarquable, sa mère.  Telle une déesse, elle régnait sur son intérieur bien ordonné, le désordre n'osait y poser son aile.  Nul grain de poussière, nul livre déposé par un geste rêveur, seules des surfaces planes astiquées jusqu'à l'usure de la peau, un pavement ciré où le pas glissait - un peu trop vite quelques fois -, tout était net. De cette netteté qui efface en soi les souffles de l'aurore, la rosée du petit matin éclose sur la rose, cette même asepsie qui pousse en oubliette, l'enfance émerveillée, les promenades en pays d'arc-en-ciel... De cette propreté si exigeante qu'elle vous prend toute une vie à frotter sans relâche et qu'au crépuscule, enfin, vous vous arrêtez et découvrez d'un regard en arrière, l'effroyable vide qui vous rattrape et cette question : qu'ai-je fait de ma vie ?

- Ne trouves-tu pas que l'on se sent plus légère quand la vaisselle est lavée ?  lui demandait sa mère.

Lèvres serrées sur les mots venant, elle observait d'un coup d'œil aguerri, la tentative de manipulation de sa mère.  Un silence marquait la distance.

- Non, répondait-elle en haussant les épaules et le Oui affleurant ses lèvres retournait bien vite se cacher au creux de sa gorge.

Chassant de sa tête le regard courroucé de sa mère, Onatha s'asseoit devant l'écran et commença à pianoter quelques mots :

- Il était une fois , loin dans un pays de légende...

Onatha !  Parle-nous de cette déesse étrusque - Cloacina - qui veillait sur les égouts dans la Rome antique et que l'on nommait Celle qui purifie, Celle qui réconcilie....

Par Onatha - Publié dans : CARNET DE VIE
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Mercredi 30 avril 2008


Sur le blog de Moun, Inspirations Poétiques, fleurissent les jeux d'écriture.  L'inspiration aidant, je me tâte au Cadavre exquis.

La consigne est la suivante: Sur le thème du printemps, écrire quatre vers en incluant deux mots proposés par le dernier écrivant.



Sur les aiguilles d'une pendule le temps
écoute dans la cheminée en son creux noir
belle chanson des salamandres grisollant
Vogue sur mes yeux clos la fatigue d'un soir


Par Onatha - Publié dans : ECHOS - Communauté : Inspirations poétiques
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Lundi 28 avril 2008




Sans nom


Le journaliste disait : « ... les femmes et les enfants violentés au Kivu... »  Etait-ce le ton accompagnant ces mots ?  Les images des massacres au Rwanda reviennent à ma mémoire : corps de femmes mutilés, corps d'enfants éparpillés çà et là sur le sol, du sang, robes retroussées sur ventres saccagés... Cela recommençait donc !  Cette haine qui déferle sur une féminité prise en otage, ces ventres déchirés par la barbarie de ces hommes.  Fallait-il qu'ils soient en proie à si forte épouvante qu'ils ne pouvaient plus regarder le lieu de leurs origines  - espace-temps matriciel -  sans le raturer d'un grand geste rageur, sans le marteler de leurs pieds, ne laissant que paysage dévasté sous le tsunami de leurs émotions...

Un tourbillon s'amorce au creux de mon ventre, une envie irrésistible d'expression par le biais d'un collage.  Je commençai sur une idée précise, l'inspiration m'entraîne ailleurs, chaque geste posé comme une secrète prière pour ces femmes à l'existence niée... et ce tableau est né, bien loin de l'idée initiale et pourtant, en chacun de ces morceaux de papier - déchirés, collés - comme des galets déposés pour retrouver son chemin, est contenue cette parole du journaliste : « ... les femmes et les enfants violentés au Kivu... »


Voir le Carnet de Colette Braeckman (site web)

 

Par Onatha - Publié dans : IMAGINAIRES - Communauté : Les amis d'agathe
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